La stratégie du président colombien a payé. Son pari était risqué, mais la libération d’Ingrid Betancourt éclaire d’un jour nouveau son attitude de ces
derniers mois - Alvaro Uribe a toujours prôné la plus grande fermeté face aux Farc.

Des klaxons dans les rues de Bogota, quelques scènes de liesse même : la foule ne s’y est pas trompée, elle qui scandait “Que viva el presidente Álvaro Uribe !”.
La libération d’Ingrid Betancourt, c’est avant tout un succès colombien. Celui de son président, Alvaro Uribe.
D’autant que le ministre colombien de la Défense l’assure à qui veut l’entendre : l’opération a été “à 100% colombienne”. Et Jan Manuel Santos d’enfoncer le clou :
les Etats-Unis n’ont joué aucun rôle. Tout juste ont-ils été informés de l’opération en cours. Tout de même... La France n’a pas eu ces égards.
“Nous l’avons informé et lui avons demandé de nous aider avec des conseillers pour vérifier des théories que nous avions et ils nous ont un peu aidé à calibrer certaines choses mais très à
la marge. La vérité, c’est que ce fut une opération à 100% colombienne, et que la totalité du travail de renseignement a également été colombien."
L’Opération Echec - Operacion Jaque en
VO - aura nécessité un an de préparation. Le temps pour un (ou plusieurs) agents de renseignement de réussir à infiltrer les Farc au plus haut niveau : le secrétariat des Farc, l’organe de
commandement de la guérilla.
Une fois en place, l’homme est parvenu à convaincre les geôliers de réunir les 15 otages en un seul endroit - au prétexte que le nouveau chef des Farc, Alfonso Cano, voulait les voir. Le plus dur
était fait, ou presque. Un hélicoptère de l’armée, maquillé, est ensuite arrivé pour les recueillir. Les soldats à bord étaient déguisés en guérilleros, avec des tee-shirts à l’effigie de Che
Guevara. Une fois que l’hélicoptère a décollé, il a fallu neutraliser les vrais guérilleros. La suite, on la connaît...
L’opération est donc un succès sur toute la ligne. Succès militaire, succès politique pour Alvaro Uribe, qui a toujours prôné la plus grande fermeté face à la
guérilla. Une stratégie qui a payé.
Uribe avait déjà marqué des points avec la mort du numéro 2 des Farc, Raul Reyes, le 1er mars dernier, lors d’une opération de l’armée colombienne en Equateur ; puis avec celle d’un autre
membre influent, Ivan Rios, en Colombie.
Ce nouveau succès tombe enfin à point nommé pour Alvaro Uribe qui, même s’il dispose du soutien de plus de 80% de la population, traverse une véritable crise politique et judiciaire.
Une ancienne parlementaire, condamnée en justice, a confessé avoir été corrompue pour voter en faveur du changement constitutionnel qui a permis la réélection d’Uribe.
Contre-attaque immédiate du principal intéressé : Urbie a demandé au Congrès d’organiser un référendum sur une nouvelle élection...
Et la France dans tout ça ?
Paris a manifestement été tenu à l’écart de toute l’opération de sauvetage. Ce qui n’a pas empêché Ingrid Betancourt de remercier à voix haute le président Sarkozy,
son prédécesseur Jacques Chirac et Dominique de Villepin.
Ingrid Betancourt a d’ailleurs annoncé qu’elle se rendrait à Paris dès demain, , pour renouveler ses remerciements de vive voix. L’Elysée confirme : demain, “au plus
tôt”.
Si l’issue heureuse n’est pas du ressort de la France, Paris n’a pas ménagé ses efforts. Dès le soir de son élection, Nicolas Sarkzoy avait eu une pensée pour Ingrid Betancourt, parlant de
priorité.
A deux reprises, en décembre et en avril, il s’était adressé directement aux Farc, leur demandant de libérer leurs otages. Il fallait, disait-il, “sauver une femme en danger de
mort”.
Le chef de l’Etat entretenait également des relations régulières avec le président vénézuélien. Il avait encore demandé, début mai, à Hugo Chavez, de poursuivre sa médiation. Le tout, au grand
dam du président colombien.
Ce que l’on sait moins, c’est que des émissaires français ont été envoyé en Colombie à plusieurs reprises : Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée ; Bernard Kouchner
évidemment. Cette fois, c’est sûr, le ministre des Affaires étrangères verra bien Ingrid Betancourt.







